Latest quotes | Random quotes | Vote! | Latest comments | Add quote

Si Tout S'Arrete (It's A Heartache) (feat. Kareen Antonn)

Si tout s'arrete
Si pour vous tout s'arrete
Dis-lui que je suis prete
Que je ne l'attends pas
Meme si tu l'aimes
Meme si vraiment tu l'aimes
Partir o il m'entrane
Ne m'intresse pas
It's a heartache
Nothing but a heartache
Love him till your arms break
Then he lets you down
trop vouloir tout partager
On finit par s'loigner, de tout
Il est plus sage qu'on abandonne
Qu'au bout du compte, je lui pardonne, tout
Si tout s'arrete
Si pour nous tout s'arrete
Dis-toi que tu es prete
Que tu ne l'attends pas
Meme si je l'aime
Meme si pourtant je l'aime
Partir o il t'entrane
Ne suffira pas
It ain't right with love to share
When you find he doesn't care, for you
It ain't wise to need someone
As much as I depended on, you
Si tout s'arrete
Si pour nous tout s'arrete
Dis-toi que tu es prete
Que tu ne l'attends pas
It's a fool's game
Si tout s'arrete
Standing in the cold rain
It's a fool's game
Feeling like a clown
Je ne l'attends pas
It's a heartache
Si tout s'arrete
Love him till your arms break
Then he lets down
Je fais le premier pas

song performed by Bonnie TylerReport problemRelated quotes
Added by Lucian Velea
Comment! | Vote! | Copy!

Share

Related quotes

Pour nous aimer des yeux

Pour nous aimer des yeux,
Lavons nos deux regards de ceux
Que nous avons croisés, par milliers, dans la vie
Mauvaise et asservie.

L'aube est en fleur et en rosée
Et en lumière tamisée
Très douce ;
On croirait voir de molles plumes
D'argent et de soleil, à travers brumes,
Frôler et caresser, dans le jardin, les mousses.
Nos bleus et merveilleux étangs
Tremblent et s'animent d'or miroitant ;

Des vols émeraudés, sous les arbres, circulent ;
Et la clarté, hors des chemins, des clos, des haies,
Balaie
La cendre humide, où traîne encor le crépuscule.

poem by Report problemRelated quotes
Added by Poetry Lover
Comment! | Vote! | Copy!

Share

Le Malade

'Apollon, dieu sauveur, dieu des savants mystères,
Dieu de la vie, et dieu des plantes salutaires,
Dieu vainqueur de Python, dieu jeune et triomphant,
Prends pitié de mon fils, de mon unique enfant!
Prends pitié de sa mère aux larmes condamnée,
Qui ne vit que pour lui, qui meurt abandonnée,
Qui n'a pas dû rester pour voir mourir son fils!
Dieu jeune, viens aider sa jeunesse. Assoupis,
Assoupis dans son sein cette fièvre brûlante
Qui dévore la fleur de sa vie innocente.
Apollon! si jamais, échappé du tombeau,
Il retourne au Ménale avoir soin du troupeau,
Ces mains, ces vieilles mains orneront ta statue
De ma coupe d'onyx à tes pieds suspendue;
Et, chaque été nouveau, d'un jeune taureau blanc
La hache à ton autel fera couler le sang.

Eh bien, mon fils, es-tu toujours impitoyable?
Ton funeste silence est-il inexorable?
Enfant, tu veux mourir? Tu veux, dans ses vieux ans,
Laisser ta mère seule avec ses cheveux blancs?
Tu veux que ce soit moi qui ferme ta paupière?
Que j'unisse ta cendre à celle de ton père?
C'est toi qui me devais ces soins religieux,
Et ma tombe attendait tes pleurs et tes adieux.
Parle, parle, mon fils! quel chagrin te consume?
Les maux qu'on dissimule en ont plus d'amertume.
Ne lèveras-tu point ces yeux appesantis?

--Ma mère, adieu; je meurs, et tu n'as plus de fils.
Non, tu n'as plus de fils, ma mère bien-aimée.
Je te perds. Une plaie ardente, envenimée,
Me ronge; avec effort je respire, et je crois
Chaque fois respirer pour la dernière fois.
Je ne parlerai pas. Adieu; ce lit me blesse,
Ce tapis qui me couvre accable ma faiblesse;
Tout me pèse et me lasse. Aide-moi, je me meurs.
Tourne-moi sur le flanc. Ah! j'expire! ô douleurs!

--Tiens, mon unique enfant, mon fils, prends ce breuvage;
Sa chaleur te rendra ta force et ton courage.
La mauve, le dictame ont, avec les pavots,
Mêlé leurs sucs puissants qui donnent le repos;
Sur le vase bouillant, attendrie à mes larmes,
Une Thessalienne a composé des charmes.
Ton corps débile a vu trois retours du soleil
Sans connaître Cérès, ni tes yeux le sommeil.
Prends, mon fils, laisse-toi fléchir à ma prière;
C'est ta mère, ta vieille inconsolable mère
Qui pleure, qui jadis te guidait pas à pas,
T'asseyait sur son sein, te portait dans ses bras,
Que tu disais aimer, qui t'apprit à le dire,
Qui chantait, et souvent te forçait à sourire
Lorsque tes jeunes dents, par de vives douleurs,
De tes yeux enfantins faisaient couler des pleurs.
Tiens, presse de ta lèvre, hélas! pâle et glacée,
Par qui cette mamelle était jadis pressée;
Que ce suc te nourrisse et vienne à ton secours,
Comme autrefois mon lait nourrit tes premiers jours!

--O coteaux d'Érymanthe! ô vallons! ô bocage!
O vent sonore et frais qui troublais le feuillage,
Et faisais frémir l'onde, et sur leur jeune sein
Agitais les replis de leur robe de lin!
De légères beautés troupe agile et dansante ...
Tu sais, tu sais, ma mère? aux bords de l'Érymanthe ...
Là, ni loups ravisseurs, ni serpents, ni poisons ...
O visage divin! ô fêtes! ô chansons!
Des pas entrelacés, des fleurs, une onde pure,
Aucun lieu n'est si beau dans toute la nature.
Dieux! ces bras et ces flancs, ces cheveux, ces pieds nus
Si blancs, si délicats!... Je ne te verrai plus!
Oh! portez, portez-moi sur les bords d'Érymanthe,
Que je la voie encor, cette vierge dansante!
Oh! que je voie au loin la fumée à longs flots
S'élever de ce toit au bord de cet enclos!
Assise à tes côtés, ses discours, sa tendresse,
Sa voix, trop heureux père! enchante ta vieillesse,
Dieux! par-dessus la haie élevée en remparts,
Je la vois, à pas lents, en longs cheveux épars,
Seule, sur un tombeau, pensive, inanimée,
S'arrêter et pleurer sa mère bien-aimée.
Oh! que tes yeux sont doux! que ton visage est beau!
Viendras-tu point aussi pleurer sur mon tombeau?
Viendras-tu point aussi, la plus belle des belles,
Dire sur mon tombeau: Les Parques sont cruelles!

--Ah! mon fils, c'est l'amour, c'est l'amour insensé
Qui t'a jusqu'à ce point cruellement blessé?
Ah! mon malheureux fils! Oui, faibles que nous sommes,
C'est toujours cet amour qui tourmente les hommes.
S'ils pleurent en secret, qui lira dans leur coeur
Verra que c'est toujours cet amour en fureur.
Mais, mon fils, mais dis-moi, quelle belle dansante,
Quelle vierge as-tu vue au bord de l'Érymanthe?
N'es-tu pas riche et beau? du moins quand la douleur
N'avait point de ta joue éteint la jeune fleur!
Parle. Est-ce cette Eglé, fille du roi des ondes,
Ou cette jeune Irène aux longues tresses blondes?
Ou ne sera-ce point cette fière beauté
Dont j'entends le beau nom chaque jour répété,
Dont j'apprends que partout les belles sont jalouses?
Qu'aux temples, aux festins, les mères, les épouses,
Ne sauraient voir, dit-on, sans peine et sans effroi?
Cette belle Daphné?....--Dieux! ma mère, tais-toi,
Tais-toi. Dieux! qu'as-tu dit? Elle est fière, inflexible;
Comme les immortels, elle est belle et terrible!
Mille amants l'ont aimée; ils l'ont aimée en vain.
Comme eux j'aurais trouvé quelque refus hautain.
Non, garde que jamais elle soit informée...
Mais, ô mort! ô tourment! ô mère bien-aimée!
Tu vois dans quels ennuis dépérissent mes jours.
Ma mère bien-aimée, ah! viens à mon secours.
Je meurs; va la trouver: que tes traits, que ton âge,
De sa mère à ses yeux offrent la sainte image.
Tiens, prends cette corbeille et nos fruits les plus beaux,
Prends notre Amour d'ivoire, honneur de ces hameaux;
Prends la coupe d'onyx à Corinthe ravie;
Prends mes jeunes chevreaux, prends mon coeur, prends ma vie;
Jette tout à ses pieds; apprends-lui qui je suis;
Dis-lui que je me meurs, que tu n'as plus de fils.
Tombe aux pieds du vieillard, gémis, implore, presse;
Adjure cieux et mers, dieu, temple, autel, déesse.
Pars; et si tu reviens sans les avoir fléchis,
Adieu, ma mère, adieu, tu n'auras plus de fils.

--J'aurai toujours un fils, va, la belle espérance
Me dit...' Elle s'incline, et, dans un doux silence,
Elle couvre ce front, terni par les douleurs,
De baisers maternels entremêlés de pleurs.
Puis elle sort en hâte, inquiète et tremblante;
Sa démarche est de crainte et d'âge chancelante.
Elle arrive; et bientôt revenant sur ses pas,
Haletante, de loin: 'Mon cher fils, tu vivras,
Tu vivras.' Elle vient s'asseoir près de la couche,
Le vieillard la suivait, le sourire à la bouche,
La jeune belle aussi, rouge et le front baissé,
Vient, jette sur le lit un coup d'oeil. L'insensé
Tremble; sous ses tapis il veut cacher sa tête.
'Ami, depuis trois jours tu n'es d'aucune fête,
Dit-elle; que fais-tu? Pourquoi veux-tu mourir?
Tu souffres. On me dit que je peux te guérir;
Vis, et formons ensemble une seule famille:
Que mon père ait un fils, et ta mère une fille!'

poem by Report problemRelated quotes
Added by Poetry Lover
Comment! | Vote! | Copy!

Share

L'habitude

L'habitude est une étrangère
Qui supplante en nous la raison :
C'est une ancienne ménagère
Qui s'installe dans la maison.

Elle est discrète, humble, fidèle,
Familière avec tous les coins ;
On ne s'occupe jamais d'elle,
Car elle a d'invisibles soins :

Elle conduit les pieds de l'homme,
Sait le chemin qu'il eût choisi,
Connaît son but sans qu'il le nomme,
Et lui dit tout bas : 'Par ici.'

Travaillant pour nous en silence,
D'un geste sûr, toujours pareil,
Elle a l'oeil de la vigilance,
Les lèvres douces du sommeil.

Mais imprudent qui s'abandonne
A son joug une fois porté !
Cette vieille au pas monotone
Endort la jeune liberté ;

Et tous ceux que sa force obscure
A gagnés insensiblement
Sont des hommes par la figure,
Des choses par le mouvement.

poem by Report problemRelated quotes
Added by Poetry Lover
Comment! | Vote! | Copy!

Share
Victor Hugo

A un homme partant pour la chasse

Oui, l'homme est responsable et rendra compte un jour.
Sur cette terre où l'ombre et l'aurore ont leur tour,
Sois l'intendant de Dieu, mais l'intendant honnête.
Tremble de tout abus de pouvoir sur la bête.
Te figures-tu donc être un tel but final
Que tu puisses sans peur devenir infernal,
Vorace, sensuel, voluptueux, féroce,
Échiner le baudet, exténuer la rosse,
En lui crevant les yeux engraisser l'ortolan,
Et massacrer les bois trois ou quatre fois l'an ?
Ce gai chasseur, armant son fusil ou son piège,
Confine à l'assassin et touche au sacrilège.
Penser, voilà ton but ; vivre, voilà ton droit.
Tuer pour jouir, non. Crois-tu donc que ce soit
Pour donner meilleur goût à la caille rôtie
Que le soleil ajoute une aigrette à l'ortie,
Peint la mûre, ou rougit la graine du sorbier ?

poem by Report problemRelated quotes
Added by Poetry Lover
Comment! | Vote! | Copy!

Share
Victor Hugo

Est-il jour? Est-il nuit ? horreur crépusculaire!

Est-il jour ? Est-il nuit ? horreur crépusculaire !
Toute l'ombre est livrée à l'immense colère.
Coups de foudre, bruits sourds. Pâles, nous écoutons.
Le supplice imbécile et noir frappe à tâtons.
Rien de divin ne luit. Rien d'humain ne surnage.
Le hasard formidable erre dans le carnage,
Et mitraille un troupeau de vaincus, sans savoir
S'ils croyaient faire un crime ou remplir un devoir.
L'ombre engloutit Babel jusqu'aux plus hauts étages.
Des bandits ont tué soixante-quatre otages,
On réplique en tuant six mille prisonniers.
On pleure les premiers, on raille les derniers.
Le vent qui souffle a presque éteint cette veilleuse,
La conscience. Ô nuit ! brume ! heure périlleuse !
Les exterminateurs semblent doux, leur fureur
Plaît, et celui qui dit : Pardonnez ! fait horreur.
Ici l'armée et là le peuple ; c'est la France
Qui saigne ; et l'ignorance égorge l'ignorance.
Le droit tombe. Excepté Caïn, rien n'est debout.
Une sorte de crime épars flotte sur tout.
L'innocent paraît noir tant cette ombre le couvre.
L'un a brûlé le Louvre. Hein ? Qu'est-ce que le Louvre ?
Il ne le savait pas. L'autre, horribles exploits,
Fusille devant lui, stupide. Où sont les lois ?
Les ténèbres avec leurs sombres soeurs, les flammes,
Ont pris Paris, ont pris les coeurs, ont pris les âmes.
Je tue et ne vois pas. Je meurs et ne sais rien.
Tous mêlés, l'enfant blond, l'affreux galérien,
Pères, fils, jeunes, vieux, le démon avec l'ange,
L'homme de la pensée et l'homme de la fange,
Dans on ne sait quel gouffre expirent à la fois.
Dans l'effrayant brasier sait-on de quelles voix
Se compose le cri du boeuf d'airain qui beugle ?

La mort sourde, ô terreur, fauche la foule aveugle.

poem by Report problemRelated quotes
Added by Poetry Lover
Comment! | Vote! | Copy!

Share

Fumant Dans Le Cristal

Fumant dans le cristal, que Bacchus à longs flots
Partout aille à la ronde éveiller les bons mots.
Reine de mes banquets, que Lycoris y vienne;
Que des fleurs de sa tête elle pare la mienne;
Pour enivrer mes sens, que le feu de ses yeux
S'unisse à la vapeur des vins délicieux.
Amis, que ce bonheur soit notre unique étude;
Nous en perdrons sitôt la charmante habitude!
Hâtons-nous, l'heure fuit. Hâtons-nous de saisir
L'instant, le seul instant donné pour le plaisir.
Un jour, tel est du sort l'arrêt inexorable,
Vénus, qui pour les dieux fit le bonheur durable,
A nos cheveux blanchis refusera des fleurs,
Et le printemps pour nous n'aura plus de couleurs.
Qu'un sein voluptueux, des lèvres demi-closes
Respirent près de nous leur haleine de roses;
Que Phryné sans réserve abandonne à nos yeux
De ses charmes secrets les contours gracieux.
Quand l'âge aura sur nous mis sa main flétrissante,
Que pourra la beauté, quoique toute-puissante?
Vainement exposée à nos regards confus,
Nos coeurs en la voyant ne palpiteront plus.
Il faudra bien qu'armés de la philosophie,
Oubliant le plaisir alors qu'il nous oublie,
La science nous offre un utile secours
Qui dispute à l'ennui le reste de nos jours.
C'est alors qu'exilé dans mon champêtre asile,
De l'antique sagesse admirateur tranquille,
Du mobile univers interrogeant la voix,
J'irai de la nature étudier les lois:
Par quelle main sur soi la terre suspendue
Voit mugir autour d'elle Amphitrite étendue;
Quel Titan foudroyé respire avec effort
Des cavernes d'Etna la ruine et la mort;
Quel bras guide les cieux; à quel ordre enchaîné
Le soleil bienfaisant nous ramène l'année;
Quel signe aux ports lointains arrête l'étranger;
Quel autre sur la mer conduit le passager,
Quand sa patrie absente et longtemps appelée
Lui fait tenter l'Euripe et les flots de Malée;
Et quel, de l'abondance heureux avant-coureur,
Arme d'un aiguillon la main du laboureur.

Cependant jouissons; l'âge nous y convie.
Avant de la quitter, il faut user la vie.
Le moment d'être sage est voisin du tombeau.
Allons, jeune homme, allons, marche; prends ce flambeau.
Marche, allons. Mène-moi chez ma belle maîtresse.
J'ai pour elle aujourd'hui mille fois plus d'ivresse.
Je veux que des baisers plus doux, plus dévorants,
N'aient jamais vers le ciel tourné ses yeux mourants.

poem by Report problemRelated quotes
Added by Poetry Lover
Comment! | Vote! | Copy!

Share
Victor Hugo

Hier, la nuit d'été, qui nous prêtait ses voiles

Hier, la nuit d'été, qui nous prêtait ses voiles,
Etait digne de toi, tant elle avait d'étoiles !
Tant son calme était frais ! tant son souffle était doux !
Tant elle éteignait bien ses rumeurs apaisées !
Tant elle répandait d'amoureuses rosées
Sur les fleurs et sur nous !

Moi, j'étais devant toi, plein de joie et de flamme,
Car tu me regardais avec toute ton âme !
J'admirais la beauté dont ton front se revêt.
Et sans même qu'un mot révélât ta pensée,
La tendre rêverie en ton coeur commencée
Dans mon coeur s'achevait !

Et je bénissais Dieu, dont la grâce infinie
Sur la nuit et sur toi jeta tant d'harmonie,
Qui, pour me rendre calme et pour me rendre heureux,
Vous fit, la nuit et toi, si belles et si pures,
Si pleines de rayons, de parfums, de murmures,
Si douces toutes deux !

Oh oui, bénissons Dieu dans notre foi profonde !
C'est lui qui fit ton âme et qui créa le monde !
Lui qui charme mon coeur ! lui qui ravit mes yeux !
C'est lui que je retrouve au fond de tout mystère !
C'est lui qui fait briller ton regard sur la terre
Comme l'étoile aux cieux !

C'est Dieu qui mit l'amour au bout de toute chose,
L'amour en qui tout vit, l'amour sur qui tout pose !
C'est Dieu qui fait la nuit plus belle que le jour.
C'est Dieu qui sur ton corps, ma jeune souveraine,
A versé la beauté, comme une coupe pleine,
Et dans mon coeur l'amour !

Laisse-toi donc aimer ! - Oh ! l'amour, c'est la vie.
C'est tout ce qu'on regrette et tout ce qu'on envie
Quand on voit sa jeunesse au couchant décliner.
Sans lui rien n'est complet, sans lui rien ne rayonne.
La beauté c'est le front, l'amour c'est la couronne :
Laisse-toi couronner !

Ce qui remplit une âme, hélas ! tu peux m'en croire,
Ce n'est pas un peu d'or, ni même un peu de gloire,
Poussière que l'orgueil rapporte des combats,
Ni l'ambition folle, occupée aux chimères,
Qui ronge tristement les écorces amères
Des choses d'ici-bas ;

Non, il lui faut, vois-tu, l'hymen de deux pensées,
Les soupirs étouffés, les mains longtemps pressées,
Le baiser, parfum pur, enivrante liqueur,
Et tout ce qu'un regard dans un regard peut lire,
Et toutes les chansons de cette douce lyre
Qu'on appelle le coeur !

Il n'est rien sous le ciel qui n'ait sa loi secrète,
Son lieu cher et choisi, son abri, sa retraite,
Où mille instincts profonds nous fixent nuit et jour ;
Le pêcheur a la barque où l'espoir l'accompagne,
Les cygnes ont le lac, les aigles la montagne,
Les âmes ont l'amour !

21 mai 1833

poem by Report problemRelated quotes
Added by Poetry Lover
Comment! | Vote! | Copy!

Share
Guillaume Apollinaire

Le musicien de Saint-Merry

J'ai enfin le droit de saluer des êtres que je ne connais pas
Ils passent devant moi et s'accumulent au loin
Tandis que tout ce que j'en vois m'est inconnu
Et leur espoir n'est pas moins fort que le mien
Je ne chante pas ce monde ni les autres astres
Je chante toutes les possibilités de moi-même hors de ce monde et des astres
Je chante le joie d'errer et le plaisir d'en mourir
Le 21 du mois de mai 1913
Passeur des morts et les mordonnantes mériennes
Des millions de mouches éventaient une splendeur
Quand un homme sans yeux sans nez et sans oreilles
Quittant le Sébasto entra dans la rue Aubry-le-Boucher
Jeune l'homme était brun et de couleur de fraise sur les joues
Homme Ah! Ariane
Il jouait de la flûte et la musique dirigeait ses pas
Il s'arrêta au coin de la rue Saint-Martin
Jouant l'air que je chante et que j'ai inventé
Les femmes qui passaient s'arrêtaient près de lui
Il en venait de toutes parts
Lorsque tout à coup les cloches de Saint-Merry se mirent à sonner
Le musicien cessa de jouer et but à la fontaine
Qui se trouve au coin de la rue Simon-Le-Franc
Puis saint-Merry se tut
L'inconnu reprit son air de flûte
Et revenant sur ses pas marcha jusqu'à la rue de la Verrerie
il entra suivi par la troupe des femmes
Qui sortaient des maisons
Qui venaient par les rues traversières les yeux fous
Les mains tendues vers le mélodieux ravisseur
Il s'en allait indifférent jouant son air
Il s'en allait terriblement
Puis ailleurs
À quelle heure un train partira-t-il pour Paris
À ce moment
Les pigeons des Moluques fientaient des noix muscades
En même temps
Mission catholique de Bôma qu'as-tu fait du sculpteur
Ailleurs
Elle traverse un pont qui relie Bonn à Beuel et disparait à travers Pützchen
Au même instant
Une jeune fille amoureuse du maire
Dans un autre quartier
Rivalise donc poète avec les étiquettes des parfumeurs
En somme ô rieurs vous n'avez pas tiré grand-chose des hommes
Et à peine avez-vous extrait un peu de graisse de leur misère
Mais nous qui mourons de vivre loin l'un de l'autre
Tendons nos bras et sur ces rails roule un long train de marchandises
Tu pleurais assise près de moi au fond d'un fiacre
Et maintenant
Tu me ressembles tu me ressembles malheureusement
Nous nous ressemblons comme dans l'architecture du siècle dernier
Ces hautes cheminées pareilles à des tours
Nous allons plus haut maintenant et ne touchons plus le sol
Et tandis que le monde vivait et variait
Le cortège des femmes long comme un jour sans pain
Suivait dans la rue de la Verrerie l'heureux musicien
Cortèges ô cortèges
C'est quand jadis le roi s'en allait à Vincennes
Quand les ambassadeurs arrivaient à Paris
Quand le maigre Suger se hâtait vers la Seine
Quand l'émeute mourait autour de Saint-Merry
Cortèges ô cortèges
Les femmes débordaient tant leur nombres était grand
Dans toutes les rues avoisinantes
Et se hâtaient raides comme balle
Afin de suivre le musicien
Ah! Ariane et toi Pâquette et toi Amine
Et toi Mia et toi Simone et toi Mavise
Et toi Colette et toi la belle Geneviève
Elles ont passé tremblantes et vaines
Et leurs pas légers et prestes se mouvaient selon la cadence
De la musique pastorale qui guidait
Leurs oreilles avides
L'inconnu s'arrêta un moment devant une maison à vendre
Maison abandonnée
Aux vitres brisées
C'est un logis du seizième siècle
La cour sert de remise à des voitures de livraisons
C'estqu'entra le musicien
Sa musique qui s'éloignait devint langoureuse
Les femmes le suivirent dans la maison abandonnée
Et toutes y entrèrent confondues en bande
Toutes toutes y entrèrent sans regarder derrière elles
Sans regretter ce qu'elles ont laissé
Ce qu'elles ont abandonné
Sans regretter le jour la vie et la mémoire
Il ne resta bientôt plus personne dans la rue de la Verrerie
Sinon moi-même et un prêtre de saint-Merry
Nous entrâmes dans la vieille maison
Mais nous n'y trouvâmes personne
Voici le soir
À Saint-Merry c'est l'Angélus qui sonne
Cortèges ô cortèges
C'est quand jadis le roi revenait de Vincennes
Il vint une troupe de casquettiers
Il vint des marchands de bananes
Il vint des soldats de la garde républicaine
O nuit
Troupeau de regards langoureux des femmes
O nuit
Toi ma douleur et mon attente vaine
J'entends mourir le son d'une flûte lointaine

poem by Report problemRelated quotes
Added by Poetry Lover
Comment! | Vote! | Copy!

Share

Mon ami, le paysage

J'ai pour voisin et compagnon
Un vaste et puissant paysage
Qui change et luit comme un visage
Devant le seuil de ma maison.

Je vis chez moi de sa lumière
Et de son ciel dont les grands vents
Agenouillent ses bois mouvants
Avec leur ombre sur la terre.

Il est gardé par onze tours
Qui regardent du bout des plaines
De larges mains semer les graines
Sur l'aire immense des labours.

Un chêne y détient l'étendue
Sous sa rugueuse autorité,
Mais les cent doigts de la clarté
Jouent dans ses feuilles suspendues.

Un bruit s'entend : c'est un ruisseau
Qui abaisse de pente en pente
Le geste bleu de son eau lente
Jusqu'à la crique d'un hameau,

Tandis qu'au loin sur les éteules
Tassant le blé sous le soleil
Semble tenir dûment conseil
Le peuple d'or des grandes meules.

J'ai pour voisin et compagnon
Un vaste et puissant paysage
Qui change et luit comme un visage
Devant le seuil de ma maison.

Sous l'azur froid qui le diapre
L'hiver, il accueille mes pas
Pour aiguiser à ses frimas
Ma volonté rugueuse et âpre.

Lorsqu'en Mai brillent les taillis,
Tout mon être tremble et chatoie
De l'immense frisson de joie
Dont son feuillage a tressailli.

En Août quand les moissons proclament
Les triomphes de la clarté,
Je fais régner le bel été
Avec son calme dans mon âme.

Et si Novembre avide et noir
Arrache aux bois toute couronne,
C'est aux flammes d'un peu d'automne
Que je réchauffe mon espoir.

Ainsi le long des jours qui s'arment
D'ample lumière ou de grand vent
J'éprouve en mon cerveau vivant
L'ardeur diverse de leurs charmes.

J'ai pour voisin et compagnon
Un vaste et puissant paysage
Qui change et luit comme un visage
Devant le seuil de ma maison.

Même la nuit je le visite
Quand les astres semblent les yeux
De héros clairs et merveilleux
Que les splendeurs du ciel abritent.

A haute voix, à coeur ardent,
Je dis ton nom, brusque Persée ;
Et l'ombre immense et angoissée
Tressaille encore en l'entendant.

Je te nomme à ton tour, Hercule,
Et toi, Pollux, et toi, Castor,
Et toi, Vénus, dont le feu d'or
Préside au deuil des crépuscules.

Je mêle aux légendes des Dieux
Ta légende de sang jaspée,
Belle et pâle Cassiopée,
Qui luis sereine au Nord des cieux,

Si bien que grâce à votre gloire
Mon coeur se dresse et s'affermit
Et qu'il s'exalte et crie au bruit
Que font vos noms en ma mémoire.

J'ai pour voisin et compagnon
Un vaste et puissant paysage
Qui change et luit comme un visage
Devant le seuil de ma maison.

Je connais bien les humbles sentes
Qui vont d'un clos à d'autres clos
Ou descendent le long de l'eau
Vers les grottes retentissantes.

Quand l'air est sec et refroidi
Et que tout bruit semble plus proche,
Je reconnais au son des cloches
Quel angelus tinte à midi.

Je sais le dessin de chaque ombre
Dans le soleil, sur les hauts murs ;
Et j'ai compté les brugnons mûrs
Qui ploient la branche sous leur nombre.

Ces deux tilleuls qui montent là,
Je sens la main aujourd'hui morte
Qui les planta devant la porte
Pour que la foudre n'y tombât.

Chaque bête qui vague ou broute
M'est familière et le sait bien ;
D'après l'aboi que fait son chien
J'entends qui passe sur la route.

J'ai pour voisin et compagnon
Un vaste et puissant paysage
Qui change et luit comme un visage
Devant le seuil de ma maison.

Et je lui dis des choses tendres
Et profondes avec mon coeur
Les soirs quand la clarté se meurt
Et que seul il me peut entendre.

Je lui parle des jours passés
Quand, le corps lourd de déchéances,
Je vins chercher dans sa jouvence
Un air allègre et condensé,

Quand je sentis en moi renaître,
Jour après jour, l'ancien désir
D'aimer le monde et l'avenir
Et d'être fort et d'être maître ;

Quand j'étais si vraiment heureux
De mes marches de roche en roche
Que j'embrassais les arbres proches
Avec des pleurs au fond des yeux

Et que les thyms sous la rosée
Et que les trèfles dans le vent
Me semblaient moins frais et vivants
Que mes espoirs et mes pensées.

J'ai pour voisin et compagnon
Un vaste et puissant paysage
Qui change et luit comme un visage
Devant le seuil de ma maison.

Dites, vous ai-je aimés, retraites,
Coteaux feuillus, sources des bois,
Antres où résonnait ma voix
Avec sa force enfin refaite !

Plus rien de vous n'est étranger
Au coeur ému de ma mémoire,
On ne sait quoi de péremptoire
Entre nous tous s'est échangé.

Aussi quand ma vie accomplie,
Ployant sous le poing noir du sort,
Ira se perdre dans la mort,
Doux ciel ami, je te supplie

D'être présent à mes regards
Avec ta plus ample lumière,
Afin que soit belle la terre
A mon départ.

poem by Report problemRelated quotes
Added by Poetry Lover
Comment! | Vote! | Copy!

Share

La Plainte du Cyclope

« Toi qui dans l’air léger lances d’un souffle pur
La chanson de ta flûte en gammes vers l’azur
Et qui, longtemps assis devant la mer sacrée,
L’admires, tour à tour, rose à peine ou pourprée,
Quand le soleil se lève ou tombe à l’horizon ;
O toi, qui, pour rentrer, le soir, en ta maison,
Suis ce sentier charmant qui va par la prairie
Et qui s’arrête au seuil de ta porte fleurie,
Sache au moins être heureux de ta félicité
Et combien purs et beaux tes jours auront été,
Car ton chien est fidèle et ton troupeau docile,
Et tu peux oublier que la verte Sicile,
Sous ses blés jaunissants et ses hautes forêts,
En son sein ténébreux cache un obscur secret ;
Mais, dans le ciel noirci que son sommet embrume,
Regarde quelquefois, au loin, l’Etna qui fume,
Et, quelquefois aussi, lorsque tu t’en reviens,
Laisse aller devant toi tes chèvres et ton chien ;
Couche-toi sur le sol et pose ton oreille
Contre terre. Entends-tu, qui, peu à peu, s’éveille
Et qui gémit et gronde avec un bruit d’airain,
La sonore rumeur d’un écho souterrain ?

« C’est nous qui, sous la terre émue à notre haleine,
En cadence frappons l’enclume souterraine
Dont l’Etna porte au ciel la nocturne lueur.
Nous sommes là, couverts d’une chaude sueur,
Occupés dans la nuit furieuse et sans astres
A fondre le métal que nos marteaux vont battre.
Il court, fusible et clair, s’allonge et s’étrécit ;
Brûlant, il étincelle, et froid, il se durcit.
La flamboyante orgie éclate. Lon est ivre
De l’arôme du fer et de l’odeur du cuivre.
Voici de l’or qui fond et de l’argent qui bout ;
L’alliage subtil les mêle en un seul tout.

Notre peuple travaille, accouple, unit et forge !
La colère à forger nous saisit à la gorge
Et nous gonfle le muscle et nous brûle le sang.
Notre souffle inégal suit notre bras puissant,
Car, de tout ce métal quil martèle sans trêve,
S’aiguisent par milliers les lances et les glaives,
Et la bataille sort de notre antre guerrier.
Notre œil unique, c’est ton orbe, ô bouclier !
Et nos torses fumants que la scorie encrasse
Ont servi de modèle à mouler la cuirasse,
Et c’est nous, de qui l’œuvre obscur et souterrain
Pour la ville aux dieux d’or fait des portes d’airain.

« Condamnés à la nuit, Cyclopes, nous aurions,
Comme d’autres, aimé le jour et les rayons,
Le soleil, la clarté, l’air vaste, la lumière,
Mais notre race, hélas ! de l’ombre est prisonnière.
C’est ainsi. La sueur nous coule de la peau
Tandis que court la source et glisse le ruisseau,
Furtive entre les joncs et pensif sous les chênes,
Et que la Nymphe rit d’être nue aux fontaines !
Le vent frais eût séché nos corps laborieux.
La terre est belle. Non. Les fleurs pour tous les yeux
Multicolores et charmantes sont écloses,
Un sang divin triomphe en la pourpre des roses,
Mais l’œil déshérité qui s’ouvre à notre front
N’était pas fait pour voir ce que d’autres verront,
Et, lorsque l’un de nous en rampant sur le ventre
Se hasarde au dehors debout au seuil de l’antre,
Le chien hurle à sa vue et le troupeau s’enfuit ;
Chacun en le voyant s’écarte devant lui.
C’est en vain qu’un instant au soleil il s’étire.
On a peur. Les oiseaux s’envolent, et le rire
Des femmes s’interrompt en un cri, et lon voit,
L’une dans le verger et l’autre vers le bois,
Se cacher Lycoris et courir Galatée ;
La flûte du berger se tait, épouvantée,
Si le pas du Cyclope a troublé l’air divin.

« Bien plus. Les Faunes même et même les Sylvains
Nous lancent des cailloux et nous jettent des pierres,
Et notre œil attristé sous sa lourde paupière
Les fait rire de nous dans leurs barbes. C’est vrai
Que l’ombre nous a faits rauques, gauches et laids.
Le marteau a rendu gourdes nos mains difformes ;
L’âpre feu nous a cuit le visage. Nous sommes
Tout haletants encor du labeur souterrain,
Et notre souffle gronde en nos gorges d’airain.

« Laisse donc le printemps fleurir la terre douce.
Ne te hasarde plus vers ce qui te repousse,
Bon Cyclope ! Reprends en bas ton œuvre obscur ;
Le four ronfle ; la cuve est pleine et bout. L’azur
Du ciel est souriant, là-haut, aux blés que dore
Ce soleil qui pour toi n’aura pas eu d’aurore.
Retourne à ta caverne et rentre dans ta nuit ;
Descends vers la rumeur et descends vers le bruit,
Et ne t’occupe plus de l’homme et de la terre.
Sue et peine et, parfois, pourtant, pour te distraire,
Songe que ton Destin, noir Ouvrier, est beau.
O Forgeron, tu as pour sceptre le marteau !
Ta couronne terrestre est un Etna qui fume ;
Et, lorsque à tour de bras tu frappes sur l’enclume,
Pense donc que tu fais aussi, toi, comme un dieu,
Naître des fleurs de flamme et des roses de feu.

poem by Report problemRelated quotes
Added by Poetry Lover
Comment! | Vote! | Copy!

Share
Victor Hugo

A Villequier

Maintenant que Paris, ses pavés et ses marbres,
Et sa brume et ses toits sont bien loin de mes yeux ;
Maintenant que je suis sous les branches des arbres,
Et que je puis songer à la beauté des cieux ;

Maintenant que du deuil qui m'a fait l'âme obscure
Je sors, pâle et vainqueur,
Et que je sens la paix de la grande nature
Qui m'entre dans le cœur ;

Maintenant que je puis, assis au bord des ondes,
Emu par ce superbe et tranquille horizon,
Examiner en moi les vérités profondes
Et regarder les fleurs qui sont dans le gazon ;

Maintenant, ô mon Dieu ! que j'ai ce calme sombre
De pouvoir désormais
Voir de mes yeux la pierre où je sais que dans l'ombre
Elle dort pour jamais ;

Maintenant qu'attendri par ces divins spectacles,
Plaines, forêts, rochers, vallons, fleuve argenté,
Voyant ma petitesse et voyant vos miracles,
Je reprends ma raison devant l'immensité ;

Je viens à vous, Seigneur, père auquel il faut croire ;
Je vous porte, apaisé,
Les morceaux de ce cœur tout plein de votre gloire
Que vous avez brisé ;

Je viens à vous, Seigneur ! confessant que vous êtes
Bon, clément, indulgent et doux, ô Dieu vivant !
Je conviens que vous seul savez ce que vous faites,
Et que l'homme n'est rien qu'un jonc qui tremble au vent ;

Je dis que le tombeau qui sur les morts se ferme
Ouvre le firmament ;
Et que ce qu'ici-bas nous prenons pour le terme
Est le commencement ;

Je conviens à genoux que vous seul, père auguste,
Possédez l'infini, le réel, l'absolu ;
Je conviens qu'il est bon, je conviens qu'il est juste
Que mon cœur ait saigné, puisque Dieu l'a voulu !

Je ne résiste plus à tout ce qui m'arrive
Par votre volonté.
L'âme de deuils en deuils, l'homme de rive en rive,
Roule à l'éternité.

Nous ne voyons jamais qu'un seul côté des choses ;
L'autre plonge en la nuit d'un mystère effrayant.
L'homme subit le joug sans connaître les causes.
Tout ce qu'il voit est court, inutile et fuyant.

Vous faites revenir toujours la solitude
Autour de tous ses pas.
Vous n'avez pas voulu qu'il eût la certitude
Ni la joie ici-bas !

Dès qu'il possède un bien, le sort le lui retire.
Rien ne lui fut donné, dans ses rapides jours,
Pour qu'il s'en puisse faire une demeure, et dire :
C'est ici ma maison, mon champ et mes amours !

Il doit voir peu de temps tout ce que ses yeux voient ;
Il vieillit sans soutiens.
Puisque ces choses sont, c'est qu'il faut qu'elles soient ;
J'en conviens, j'en conviens !

Le monde est sombre, ô Dieu ! l'immuable harmonie
Se compose des pleurs aussi bien que des chants ;
L'homme n'est qu'un atome en cette ombre infinie,
Nuit où montent les bons, où tombent les méchants.

Je sais que vous avez bien autre chose à faire
Que de nous plaindre tous,
Et qu'un enfant qui meurt, désespoir de sa mère,
Ne vous fait rien, à vous !

Je sais que le fruit tombe au vent qui le secoue,
Que l'oiseau perd sa plume et la fleur son parfum ;
Que la création est une grande roue
Qui ne peut se mouvoir sans écraser quelqu'un ;

Les mois, les jours, les flots des mers, les yeux qui pleurent,
Passent sous le ciel bleu ;
Il faut que l'herbe pousse et que les enfants meurent ;
Je le sais, ô mon Dieu !

Dans vos cieux, au-delà de la sphère des nues,
Au fond de cet azur immobile et dormant,
Peut-être faites-vous des choses inconnues
Où la douleur de l'homme entre comme élément.

Peut-être est-il utile à vos desseins sans nombre
Que des êtres charmants
S'en aillent, emportés par le tourbillon sombre
Des noirs événements.

Nos destins ténébreux vont sous des lois immenses
Que rien ne déconcerte et que rien n'attendrit.
Vous ne pouvez avoir de subites clémences
Qui dérangent le monde, ô Dieu, tranquille esprit !

Je vous supplie, ô Dieu ! de regarder mon âme,
Et de considérer
Qu'humble comme un enfant et doux comme une femme,
Je viens vous adorer !

Considérez encor que j'avais, dès l'aurore,
Travaillé, combattu, pensé, marché, lutté,
Expliquant la nature à l'homme qui l'ignore,
Eclairant toute chose avec votre clarté ;

Que j'avais, affrontant la haine et la colère,
Fait ma tâche ici-bas,
Que je ne pouvais pas m'attendre à ce salaire,
Que je ne pouvais pas

Prévoir que, vous aussi, sur ma tête qui ploie
Vous appesantiriez votre bras triomphant,
Et que, vous qui voyiez comme j'ai peu de joie,
Vous me reprendriez si vite mon enfant !

Qu'une âme ainsi frappée à se plaindre est sujette,
Que j'ai pu blasphémer,
Et vous jeter mes cris comme un enfant qui jette
Une pierre à la mer !

Considérez qu'on doute, ô mon Dieu ! quand on souffre,
Que l'œil qui pleure trop finit par s'aveugler,
Qu'un être que son deuil plonge au plus noir du gouffre,
Quand il ne vous voit plus, ne peut vous contempler,

Et qu'il ne se peut pas que l'homme, lorsqu'il sombre
Dans les afflictions,
Ait présente à l'esprit la sérénité sombre
Des constellations !

Aujourd'hui, moi qui fus faible comme une mère,
Je me courbe à vos pieds devant vos cieux ouverts.
Je me sens éclairé dans ma douleur amère
Par un meilleur regard jeté sur l'univers.

Seigneur, je reconnais que l'homme est en délire
S'il ose murmurer ;
Je cesse d'accuser, je cesse de maudire,
Mais laissez-moi pleurer !

Hélas ! laissez les pleurs couler de ma paupière,
Puisque vous avez fait les hommes pour cela !
Laissez-moi me pencher sur cette froide pierre
Et dire à mon enfant : Sens-tu que je suis là ?

Laissez-moi lui parler, incliné sur ses restes,
Le soir, quand tout se tait,
Comme si, dans sa nuit rouvrant ses yeux célestes,
Cet ange m'écoutait !

Hélas ! vers le passé tournant un œil d'envie,
Sans que rien ici-bas puisse m'en consoler,
Je regarde toujours ce moment de ma vie
je l'ai vue ouvrir son aile et s'envoler !

Je verrai cet instant jusqu'à ce que je meure,
L'instant, pleurs superflus !
je criai : L'enfant que j'avais tout à l'heure,
Quoi donc ! je ne l'ai plus !

Ne vous irritez pas que je sois de la sorte,
Ô mon Dieu ! cette plaie a si longtemps saigné !
L'angoisse dans mon âme est toujours la plus forte,
Et mon cœur est soumis, mais n'est pas résigné.

Ne vous irritez pas ! fronts que le deuil réclame,
Mortels sujets aux pleurs,
Il nous est malaisé de retirer notre âme
De ces grandes douleurs.

Voyez-vous, nos enfants nous sont bien nécessaires,
Seigneur ; quand on a vu dans sa vie, un matin,
Au milieu des ennuis, des peines, des misères,
Et de l'ombre que fait sur nous notre destin,

Apparaître un enfant, tête chère et sacrée,
Petit être joyeux,
Si beau, qu'on a cru voir s'ouvrir à son entrée
Une porte des cieux ;

Quand on a vu, seize ans, de cet autre soi-même
Croître la grâce aimable et la douce raison,
Lorsqu'on a reconnu que cet enfant qu'on aime
Fait le jour dans notre âme et dans notre maison,

Que c'est la seule joie ici-bas qui persiste
De tout ce qu'on rêva,
Considérez que c'est une chose bien triste
De le voir qui s'en va !

poem by Report problemRelated quotes
Added by Poetry Lover
Comment! | Vote! | Copy!

Share

Les Heures Claires

O la splendeur de notre joie,
Tissée en or dans l'air de soie!

Voici la maison douce et son pignon léger,
Et le jardin et le verger.

Voici le banc, sous les pommiers
D'où s'effeuille le printemps blanc,
A pétales frôlants et lents.
Voici des vols de lumineux ramiers
Plânant, ainsi que des présages,
Dans le ciel clair du paysage.

Voici--pareils à des baisers tombés sur terre
De la bouche du frêle azur--
Deux bleus étangs simples et purs,
Bordés naïvement de fleurs involontaires.

O la splendeur de notre joie et de nous-mêmes,
En ce jardin où nous vivons de nos emblèmes!

Là-bas, de lentes formes passent,
Sont-ce nos deux âmes qui se délassent,
Au long des bois et des terrasses?

Sont-ce tes seins, sont-ce tes yeux
Ces deux fleurs d'or harmonieux?
Et ces herbes--on dirait des plumages
Mouillés dans la source qu'ils plissent--
Sont-ce tes cheveux frais et lisses?

Certes, aucun abri ne vaut le clair verger,
Ni la maison au toit léger,
Ni ce jardin, où le ciel trame
Ce climat cher à nos deux âmes.

Quoique nous le voyions fleurir devant nos yeux,
Ce jardin clair où nous passons silencieux,
C'est plus encore en nous que se féconde
Le plus joyeux et le plus doux jardin du monde.

Car nous vivons toutes les fleurs,
Toutes les herbes, toutes les palmes
En nos rires et en nos pleurs
De bonheur pur et calme.

Car nous vivons toutes les transparences
De l'étang bleu qui reflète l'exubérance
Des roses d'or et des grands lys vermeils:
Bouches et lèvres de soleil.

Car nous vivons toute la joie
Dardée en cris de fête et de printemps,
En nos aveux, où se côtoient
Les mots fervents et exaltants.

Oh! dis, c'est bien en nous que se féconde
Le plus joyeux et clair jardin du monde.

Ce chapiteau barbare, où des monstres se tordent,
Soudés entre eux, à coups de griffes et de dents,
En un tumulte fou de sang, de cris ardents,
De blessures et de gueules qui s'entre-mordent,
C'était moi-même, avant que tu fusses la mienne,
O toi la neuve, ô toi l'ancienne!
Qui vins à moi des loins d'éternité,
Avec, entre tes mains, l'ardeur et la bonté.

Je sens en toi les mêmes choses très profondes
Qu'en moi-même dormir
Et notre soif de souvenir
Boire l'écho, où nos passés se correspondent.

Nos yeux ont dû pleurer aux mêmes heures,
Sans le savoir, pendant l'enfance:
Avoir mêmes effrois, mêmes bonheurs,
Mêmes éclairs de confiance:
Car je te suis lié par l'inconnu
Qui me fixait, jadis au fond des avenues
Par où passait ma vie aventurière,
Et, certes, si j'avais regardé mieux,
J'aurais pu voir s'ouvrir tes yeux
Depuis longtemps en ses paupières.

Le ciel en nuit s'est déplié
Et la lune semble veiller
Sur le silence endormi.

Tout est si pur et clair,
Tout est si pur et si pâle dans l'air
Et sur les lacs du paysage ami,
Qu'elle angoisse, la goutte d'eau
Qui tombe d'un roseau
Et tinte et puis se tait dans l'eau.

Mais j'ai tes mains entre les miennes
Et tes yeux sûrs, qui me retiennent,
De leurs ferveurs, si doucement;
Et je te sens si bien en paix de toute chose,
Que rien, pas même un fugitif soupçon de crainte,
Ne troublera, fût-ce un moment,
La confiance sainte
Qui dort en nous comme un enfant repose.

Chaque heure, où je pense à ta bonté
Si simplement profonde,
Je me confonds en prières vers toi.

Je suis venu si tard
Vers la douceur de ton regard
Et de si loin, vers tes deux mains tendues,
Tranquillement, par à travers les étendues!

J'avais en moi tant de rouille tenace
Qui me rongeait, à dents rapaces,
La confiance;

J'étais si lourd, j'étais si las,
J'étais si vieux de méfiance,
J'étais si lourd, j'étais si las
Du vain chemin de tous mes pas.

Je méritais si peu la merveilleuse joie
De voir tes pieds illuminer ma voie,
Que j'en reste tremblant encore et presqu'en pleurs,
Et humble, à tout jamais, en face du bonheur.

Tu arbores parfois cette grâce bénigne
Du matinal jardin tranquille et sinueux
Qui déroule, là-bas, parmi les lointains bleus,
Ses doux chemins courbés en cols de cygne.

Et, d'autres fois, tu m'es le frisson clair
Du vent rapide et miroitant
Qui passe, avec ses doigts d'éclair,
Dans les crins d'eau de l'étang blanc.

Au bon toucher de tes deux mains,
Je sens comme des feuilles
Me doucement frôler;
Que midi brûle le jardin.
Les ombres, aussitôt recueillent
Les paroles chères dont ton être a tremblé.

Chaque moment me semble, grâce à toi,
Passer ainsi divinement en moi.
Aussi, quand l'heure vient de la nuit blême,
tu te cèles en toi-même,
En refermant les yeux,
Sens-tu mon doux regard dévotieux,
Plus humble et long qu'une prière,
Remercier le tien sous tes closes paupières?

Oh! laisse frapper à la porte
La main qui passe avec ses doigts futiles;
Notre heure est si unique, et le reste qu'importe,
Le reste, avec ses doigts futiles.

Laisse passer, par le chemin,
La triste et fatigante joie,
Avec ses crécelles en mains.

Laisse monter, laisse bruire
Et s'en aller le rire;
Laisse passer la foule et ses milliers de voix.

L'instant est si beau de lumière,
Dans le jardin, autour de nous,
L'instant est si rare de lumière trémière,
Dans notre coeur, au fond de nous.

Tout nous prêche de n'attendre plus rien
De ce qui vient ou passe,
Avec des chansons lasses
Et des bras las par les chemins.

Et de rester les doux qui bénissons le jour.
Même devant la nuit d'ombre barricadée,
Aimant en nous, par dessus tout, l'idée
Que bellement nous nous faisons de notre amour.

Comme aux âges naïfs, je t'ai donné mon coeur,
Ainsi qu'une ample fleur
Qui s'ouvre, au clair de la rosée;
Entre ses plis frêles, ma bouche s'est posée.

La fleur, je la cueillis au pré des fleurs en flamme;
Ne lui dis rien: car la parole entre nous deux
Serait banale, et tous les mots sont hasardeux.
C'est à travers les yeux que l'âme écoute une âme.

La fleur qui est mon coeur et mon aveu,
Tout simplement, à tes lèvres confie
Qu'elle est loyale et claire et bonne, et qu'on se fie
Au vierge amour, comme un enfant se fie à Dieu.

Laissons l'esprit fleurir sur les collines,
En de capricieux chemins de vanité;
Et faisons simple accueil à la sincérité
Qui tient nos deux coeurs clairs, en ses mains cristallines;
Et rien n'est beau comme une confession d'âmes,
L'une à l'autre, le soir, lorsque la flamme
Des incomptables diamants
Brûle, comme autant d'yeux
Silencieux,
Le silence des firmaments.

Le printemps jeune et bénévole
Qui vêt le jardin de beauté
Elucide nos voix et nos paroles
Et les trempe dans sa limpidité.

La brise et les lèvres des feuilles
Babillent--et effeuillent
En nous les syllabes de leur clarté.

Mais le meilleur de nous se gare
Et fuit les mots matériels;
Un simple et doux élan muet
Mieux que tout verbe amarre
Notre bonheur à son vrai ciel:
Celui de ton âme, à deux genoux,
Tout simplement, devant la mienne,
Et de mon âme, à deux genoux,
Très doucement, devant la tienne.

Viens lentement t'asseoir
Près du parterre, dont le soir
Ferme les fleurs de tranquille lumière,
Laisse filtrer la grande nuit en toi:
Nous sommes trop heureux pour que sa mer d'effroi
Trouble notre prière.

Là-haut, le pur cristal des étoiles s'éclaire.
Voici le firmament plus net et translucide
Qu'un étang bleu ou qu'un vitrail d'abside;
Et puis voici le ciel qui regarde à travers.

Les mille voix de l'énorme mystère
Parlent autour de toi.
Les mille lois de la nature entière
Bougent autour de toi,
Les arcs d'argent de l'invisible
Prennent ton âme et son élan pour cible,
Mais tu n'as peur, oh! simple coeur,
Mais tu n'as peur, puisque ta foi
Est que toute la terre collabore
A cet amour que fit éclore
La vie et son mystère en toi.

Joins donc les mains tranquillement
Et doucement adore;
Un grand conseil de pureté
Et de divine intimité
Flotte, comme une étrange aurore,
Sous les minuits du firmament.

Combien elle est facilement ravie,
Avec ses yeux d'extase ignée,
Elle, la douce et résignée
Si simplement devant la vie.

Ce soir, comme un regard la surprenait fervente,
Et comme un mot la transportait
Au pur jardin de joie, où elle était
Tout à la fois reine et servante.

Humble d'elle, mais ardente de nous,
C'était à qui ploierait les deux genoux,
Pour recueillir le merveilleux bonheur
Qui, mutuel, nous débordait du coeur.

Nous écoutions se taire, en nous, la violence
De l'exaltant amour qu'emprisonnaient nos bras
Et le vivant silence
Dire des mots que nous ne savions pas.

Au temps où longuement j'avais souffert
Où les heures m'étaient des pièges,
Tu m'apparus l'accueillante lumière
Qui luit, aux fenêtres, l'hiver,
Au fonds des soirs, sur de la neige.

Ta clarté d'âme hospitalière
Frôla, sans le blesser, mon coeur,
Comme une main de tranquille chaleur;
Un espoir tiède, un mot clément,
Pénétrèrent en moi très lentement;

Puis vint la bonne confiance
Et la franchise et la tendresse et l'alliance,
Enfin, de nos deux mains amies,
Un soir de claire entente et de douce accalmie.

Depuis, bien que l'été ait succédé au gel,
En nous-mêmes et sous le ciel,
Dont les flammes éternisées
Pavoisent d'or tous les chemins de nos pensées,
Et que l'amour soit devenu la fleur immense,
Naissant du fier désir,
Qui, sans cesse, pour mieux encor grandir,
En notre coeur, se recommence,
Je regarde toujours la petite lumière
Qui me fut douce, la première.

Je ne détaille pas, ni quels nous sommes
L'un pour l'autre, ni les pourquois, ni les raisons:
Tout doute est mort, en ce jardin de floraisons
Qui s'ouvre en nous et hors de nous, si loin des hommes.

Je ne raisonne pas, et ne veux pas savoir,
Et rien ne troublera ce qui n'est que mystère
Et qu'élans doux et que ferveur involontaire
Et que tranquille essor vers nos parvis d'espoir.

Je te sens claire avant de te comprendre telle;
Et c'est ma joie, infiniment,
De m'éprouver si doucement aimant,
Sans demander pourquoi ta voix m'appelle.

Soyons simples et bons--et que le jour
Nous soit tendresse et lumière servies,
Et laissons dire que la vie
N'est point faite pour un pareil amour.

A ces reines qui lentement descendent
Les escaliers en ors et fleurs de la légende,
Dans mon rêve, parfois, je t'apparie;
Je te donne des noms qui se marient
A la clarté, à la splendeur et à la joie,
Et bruissent en syllabes de soie,
Au long des vers bâtis comme une estrade
Pour la danse des mots et leurs belles parades.

Mais combien vite on se lasse du jeu,
A te voir douce et profonde et si peu
Celle dont on enjolive les attitudes;
Ton front si clair et pur et blanc de certitude,
Tes douces mains d'enfant en paix sur tes genoux,
Tes seins se soulevant au rythme de ton pouls
Qui bat comme ton coeur immense et ingénu,
Oh! comme tout, hormis cela et ta prière,
Oh! comme tout est pauvre et vain, hors la lumière
Qui me regarde et qui m'accueille en tes yeux nus.

Je dédie à tes pleurs, à ton sourire,
Mes plus douces pensées,
Celles que je te dis, celles aussi
Qui demeurent imprécisées
Et trop profondes pour les dire.

Je dédie à tes pleurs, à ton sourire
A toute ton âme, mon âme,
Avec ses pleurs et ses sourires
Et son baiser.

Vois-tu, l'aurore naît sur la terre effacée,
Des liens d'ombre semblent glisser
Et s'en aller, avec mélancolie;
L'eau des étangs s'écoule et tamise son bruit,
L'herbe s'éclaire et les corolles se déplient,
Et les bois d'or se désenlacent de la nuit.

Oh! dis, pouvoir un jour,
Entrer ainsi dans la pleine lumière;
Oh! dis, pouvoir un jour
Avec toutes les fleurs de nos âmes trémières,
Sans plus aucun voile sur nous,
Sans plus aucun mystère en nous,
Oh dis, pouvoir, un jour,
Entrer à deux dans le lucide amour!

Je noie en tes deux yeux mon âme toute entière
Et l'élan fou de cette âme éperdue,
Pour que, plongée en leur douceur et leur prière,
Plus claire et mieux trempée, elle me soit rendue.

S'unir pour épurer son être,
Comme deux vitraux d'or en une même abside
Croisent leurs feux différemment lucides
Et se pénètrent!

Je suis parfois si lourd, si las,
D'être celui qui ne sait pas
Etre parfait, comme il se veut!
Mon coeur se bat contre ses voeux,
Mon coeur dont les plantes mauvaises,
Entre des rocs d'entêtement,
Dressent, sournoisement,
Leurs fleurs d'encre ou de braise;
Mon coeur si faux, si vrai, selon les jours,
Mon coeur contradictoire,
Mon coeur exagéré toujours
De joie immense ou de crainte attentatoire.

Pour nous aimer des yeux,
Lavons nos deux regards, de ceux
Que nous avons croisés, par milliers, dans la vie
Mauvaise et asservie.

L'aube est en fleur et en rosée
Et en lumière tamisée
Très douce:
On croirait voir de molles plumes
D'argent et de soleil, à travers brumes,
Frôler et caresser, dans le jardin, les mousses.

Nos bleus et merveilleux étangs
Tremblent et s'animent d'or miroitant,
Des vols émeraudés, sous les arbres, circulent;
Et la clarté, hors des chemins, des clos, des haies,
Balaie
La cendre humide, où traîne encor le crépuscule.

Au clos de notre amour, l'été se continue:
Un paon d'or, là-bas traverse une avenue;
Des pétales pavoisent,
--Perles, émeraudes, turquoises--
L'uniforme sommeil des gazons verts;
Nos étangs bleus luisent, couverts
Du baiser blanc des nénuphars de neige;
Aux quinconces, nos groseillers font des cortèges;

Un insecte de prisme irrite un coeur de fleur;
De merveilleux sous-bois se jaspent de lueurs;
Et, comme des bulles légères, mille abeilles
Sur des grappes d'argent, vibrent, au long des treilles.

L'air est si beau qu'il paraît chatoyant;
Sous les midis profonds et radiants,
On dirait qu'il remue en roses de lumière;
Tandis qu'au loin, les routes coutumières,
Telles de lents gestes qui s'allongent vermeils,
A l'horizon nacré, montent vers le soleil.

Certes, la robe en diamants du bel été
Ne vêt aucun jardin d'aussi pure clarté;
Et c'est la joie unique éclose en nos deux âmes
Qui reconnait sa vie en ces bouquets de flammes.

Que tes yeux clairs, tes yeux d'été,
Me soient, sur terre,
Les images de la bonté.

Laissons nos âmes embrasées
Exalter d'or chaque flamme de nos pensées.

Que mes deux mains contre ton coeur
Te soient, sur terre,
Les emblèmes de la douceur.

Vivons pareils à deux prières éperdues
L'une vers l'autre, à toute heure, tendues.

Que nos baisers sur nos bouches ravies
Nous soient sur terre,
Les symboles de notre vie.

Dis-moi, ma simple et ma tranquille amie,
Dis, combien l'absence, même d'un jour,
Attriste et attise l'amour
Et le réveille, en ses brûlures endormies.

Je m'en vais au devant de ceux
Qui reviennent des lointains merveilleux,
Où, dès l'aube, tu es allée;
Je m'assieds sous un arbre, au détour de l'allée,

Et, sur la route, épiant leur venue,
Je regarde et regarde, avec ferveur, leurs yeux
Encore clairs de t'avoir vue.

Et je voudrais baiser leurs doigts qui t'ont touchée,
Et leur crier des mots qu'ils ne comprendraient pas,
Et j'écoute longtemps se cadencer leurs pas
Vers l'ombre, où les vieux soirs tiennent la nuit penchée.

En ces heures où nous sommes perdus
Si loin de tout ce qui n'est pas nous-mêmes.
Quel sang lustral ou quel baptême
Baigne nos coeurs vers tout l'amour tendus?

Joignant les mains, sans que l'on prie,
Tendant les bras, sans que l'on crie,
Mais adorant on ne sait quoi
De plus lointain et de plus pur que soi,
L'esprit fervent et ingénu,
Dites, comme on se fond, comme on se vit dans l'inconnu.

Comme on s'abîme en la présence
De ces heures de suprême existence,
Comme l'âme voudrait des cieux
Pour y chercher de nouveaux dieux,
Oh! l'angoissante et merveilleuse joie
Et l'espérance audacieuse
D'être, un jour, à travers la mort même, la proie
De ces affres silencieuses.

Oh! ce bonheur
Si rare et si frêle parfois
Qu'il nous fait peur!

Nous avons beau taire nos voix,
Et nous faire comme une tente,
Avec toute ta chevelure,
Pour nous créer un abri sûr,
Souvent l'angoisse en nos âmes fermente.

Mais notre amour étant comme un ange à genoux,
Prie et supplie,
Que l'avenir donne à d'autres que nous
Même tendresse et même vie,
Pour que leur sort de notre sort ne soit jaloux.

Et puis, aux jours mauvais, quand les grands soirs
Illimitent, jusques au ciel, le désespoir,
Nous demandons pardon à la nuit qui s'enflamme
De la douceur de notre âme.

Vivons, dans notre amour et notre ardeur,
Vivons si hardiment nos plus belles pensées
Qu'elles s'entrelacent, harmonisées
A l'extase suprême et l'entière ferveur.

Parce qu'en nos âmes pareilles,
Quelque chose de plus sacré que nous
Et de plus pur et de plus grand s'éveille,
Joignons les mains pour l'adorer à travers nous.

Il n'importe que nous n'ayons que cris ou larmes
Pour humblement le définir,
Et que si rare et si puissant en soit le charme,
Qule goûter, nos coeurs soient prêts à défaillir.

Restons quand même et pour toujours, les fous
De cet amour presqu'implacable,
Et les fervents, à deux genoux,
Du Dieu soudain qui règne en nous,
Si violent et si ardemment doux
Qu'il nous fait mal et nous accable.

Sitôt que nos bouches se touchent,
Nous nous sentons tant plus clairs de nous-mêmes
Que l'on dirait des Dieux qui s'aiment
Et qui s'unissent en nous-mêmes;

Nous nous sentons le coeur si divinement frais
Et si renouvelé par leur lumière
Première
Que l'univers, sous leur clarté, nous apparaît.

La joie est à nos yeux l'unique fleur du monde
Qui se prodigue et se féconde,
Innombrable, sur nos routes d'en bas;
Comme là haut, par tas,
En des pays de soie où voyagent des voiles
Brille la fleur myriadaire des étoiles.

L'ordre nous éblouit, comme les feux, la cendre,
Tout nous éclaire et nous paraît: flambeau;
Nos plus simples mots ont un sens si beau
Que nous les répétons pour les sans cesse entendre.

Nous sommes les victorieux sublimes
Qui conquérons l'éternité,
Sans nul orgueil et sans songer au temps minime:
Et notre amour nous semble avoir toujours été.

Pour que rien de nous deux n'échappe à notre étreinte,
Si profonde qu'elle en est sainte
Et qu'à travers le corps même, l'amour soit clair,
Nous descendons ensemble au jardin de ta chair.

Tes seins sont là, ainsi que des offrandes,
Et tes deux mains me sont tendues;
Et rien ne vaut la naïve provende
Des paroles dites et entendues.

L'ombre des rameaux blancs voyage
Parmi ta gorge et ton visage
Et tes cheveux dénouent leur floraison,
En guirlandes, sur les gazons.

La nuit est toute d'argent bleu,
La nuit est un beau lit silencieux,
La nuit douce, dont les brises vont, une à une,
Effeuiller les grands lys dardés au clair de lune.

Bien que déjà, ce soir,
L'automne
Laisse aux sentes et aux orées,
Comme des mains dorées,
Lentes, les feuilles choir;
Bien que déjà l'automne,
Ce soir, avec ses bras de vent,
Moissonne
Sur les rosiers fervents,
Les pétales et leur pâleur,
Ne laissons rien de nos deux âmes
Tomber soudain avec ces fleurs.

Mais tous les deux autour des flammes
De l'âtre en or du souvenir,
Mais tous les deux blottissons-nous,
Les mains au feu et les genoux.

Contre les deuils à craindre ou à venir,
Contre le temps qui fixe à toute ardeur sa fin,
Contre notre terreur, contre nous-mêmes, enfin,
Blottissons-nous, près du foyer,
Que la mémoire en nous fait flamboyer.

Et si l'automne obère
A grands pans d'ombre et d'orages plânants,
Les bois, les pelouses et les étangs,
Que sa douleur du moins n'altère
L'intérieur jardin tranquillisé,
s'unissent, dans la lumière,
Les pas égaux de nos pensées.

Le don du corps, lorsque l'âme est donnée
N'est rien que l'aboutissement
De deux tendresses entraînées
L'une vers l'autre, éperdûment.

Tu n'es heureuse de ta chair
Si simple, en sa beauté natale,
Que pour, avec ferveur, m'en faire
L'offre complète et l'aumône totale.

Et je me donne à toi, ne sachant rien
Sinon que je m'exalte à te connaître,
Toujours meilleure et plus pure peut-être
Depuis que ton doux corps offrit sa fête au mien.

L'amour, oh! qu'il nous soit la clairvoyance
Unique, et l'unique raison du coeur,
A nous, dont le plus fol bonheur
Est d'être fous de confiance.

Fût-il en nous une seule tendresse,
Une pensée, une joie, une promesse,
Qui n'allât, d'elle-même, au devant de nos pas?

Fût-il une prière en secret entendue,
Dont nous n'ayons serré les mains tendues
Avec douceur, sur notre sein?

Fût-il un seul appel, un seul dessein,
Un voeu tranquille ou violent
Dont nous n'ayons épanoui l'élan?

Et, nous aimant ainsi,
Nos coeurs s'en sont allés, tels des apôtres,
Vers les doux coeurs timides et transis
Des autres:
Ils les ont conviés, par la pensée,
A se sentir aux nôtres fiancés,
A proclamer l'amour avec des ardeurs franches,
Comme un peuple de fleurs aime la même branche
Qui le suspend et le baigne dans le soleil;
Et notre âme, comme agrandie, en cet éveil,
S'est mise à célébrer tout ce qui aime,
Magnifiant l'amour pour l'amour même,
Et à chérir, divinement, d'un désir fou,
Le monde entier qui se résume en nous.

Le beau jardin fleuri de flammes
Qui nous semblait le double ou le miroir,
Du jardin clair que nous portions dans l'âme,
Se cristallise en gel et or, ce soir.

Un grand silence blanc est descendu s'asseoir
Là-bas, aux horizons de marbre,
Vers où s'en vont, par défilés, les arbres
Avec leur ombre immense et bleue
Et régulière, à côté d'eux.

Aucun souffle de vent, aucune haleine.
Les grands voiles du froid,
Se déplient seuls, de plaine en plaine,
Sur des marais d'argent ou des routes en croix.

Les étoiles paraissent vivre.
Comme l'acier, brille le givre,
A travers l'air translucide et glacé.
De clairs métaux pulvérisés
A l'infini, semblent neiger
De la pâleur d'une lune de cuivre.
Tout est scintillement dans l'immobilité.

Et c'est l'heure divine, où l'esprit est hanté
Par ces mille regards que projette sur terre,
Vers les hasards de l'humaine misère,
La bonne et pure et inchangeable éternité.

S'il arrive jamais
Que nous soyons, sans le savoir,
Souffrance ou peine ou désespoir,
L'un pour l'autre; s'il se faisait
Que la fatigue ou le banal plaisir
Détendissent en nous l'arc d'or du haut désir;
Si le cristal de la pure pensée
De notre amour doit se briser,

Si malgré tout, je me sentais
Vaincu pour n'avoir pas été
Assez en proie à la divine immensité
De la bonté;
Alors, oh! serrons-nous comme deux fous sublimes
Qui sous les cieux cassés, se cramponnent aux cimes
Quand même.--Et d'un unique essor
L'âme en soleil, s'exaltent dans la mort.

poem by Report problemRelated quotes
Added by Poetry Lover
Comment! | Vote! | Copy!

Share

Donne Un Compte-Goutte De Raison A la Paix

Les nuages sauvages
Qui voyagent
Dans le firmament.

Les missiles et les projectiles
Qui éclatent la profile
De nombreux innocents.

Les enfants
Qui pleurent sur les bancs,
Et leurs mamans
Qui souffrent piteusement.

Les canons
Qui dévorent les monts,
Les vallées et les villes.

est l'amour,
Au milieu de toutes ces tueries,
En pleine furie,
le jour
Devient la nuit?

Dans le tourbillon des ennuis,
Absentes sont les roses,
Où la nature est morose.
L'homme se tue, pourquoi?
Pour rien, pour des biens.

L'humanité porte une croix,
Laquelle est très lourde. Plus de pains,
Ils ont fusillé les boulangers.
Nous sommes tous en face du danger.

Les nuages sages
Ont vu les terribles images
Des contrées presque démolies,
Par l'ignorance et la démagogie.

Donne une chance à la diplomatie,
Donne un compte-goutte de bon sens à la paix,
Afin de nourrir le géant arbre du respect.
La guerre restera toujours une folie.

poem by Report problemRelated quotes
Added by Poetry Lover
Comment! | Vote! | Copy!

Share

L'agonie

Vous qui m'aiderez dans mon agonie,
Ne me dites rien ;
Faites que j'entende un peu d'harmonie,
Et je mourrai bien.

La musique apaise, enchante et délie
Des choses d'en bas :
Bercez ma douleur ; je vous en supplie,
Ne lui parlez pas.

Je suis las des mots, je suis las d'entendre
Ce qui peut mentir ;
J'aime mieux les sons qu'au lieu de comprendre
Je n'ai qu'à sentir ;

Une mélodie où l'âme se plonge
Et qui, sans effort,
Me fera passer du délire au songe,
Du songe à la mort.

Vous qui m'aiderez dans mon agonie,
Ne me dites rien.
Pour allégement un peu d'harmonie
Me fera grand bien.

Vous irez chercher ma pauvre nourrice
Qui mène un troupeau,
Et vous lui direz que c'est mon caprice,
Au bord du tombeau,

D'entendre chanter tout bas, de sa bouche,
Un air d'autrefois,
Simple et monotone, un doux air qui touche
Avec peu de voix.

Vous la trouverez : les gens des chaumières
Vivent très longtemps,
Et je suis d'un monde où l'on ne vit guères
Plusieurs fois vingt ans.

Vous nous laisserez tous les deux ensemble :
Nos coeurs s'uniront ;
Elle chantera d'un accent qui tremble,
La main sur mon front.

Lors elle sera peut-être la seule
Qui m'aime toujours,
Et je m'en irai dans son chant d'aïeule
Vers mes premiers jours,

Pour ne pas sentir, à ma dernière heure,
Que mon coeur se fend,
Pour ne plus penser, pour que l'homme meure
Comme estl'enfant.

Vous qui m'aiderez dans mon agonie,
Ne me dites rien ;
Faites que j'entende un peu d'harmonie,
Et je mourrai bien.

poem by Report problemRelated quotes
Added by Poetry Lover
Comment! | Vote! | Copy!

Share

Le Jardin

Tu mas vu bien souvent, de ton verger voisin
le pampre vineux annonce le raisin,
Bien souvent, tu mas vu, par-dessus cette haie
Que l’épine hérisse et que rougit la baie,
Tout un jour, de l’aurore au soir, en mon enclos...
Il est humble, petit, mélancolique et clos ;
Sa porte à claire-voie ouvre sur la grand’route ;
Une fontaine au fond s’épuise goutte à goutte
Et ne remplit jamais qu’à demi le bassin ;
La ruche, dans un coin, bourdonne d’un essaim
Qui rentre sous son toit dès que les fleurs sont closes.
Tout est calme. Un rosier balance quelques roses
Qui s’empourprent dans l’ombre auprès d’un vieux laurier.
Il fait beau. Sur la route, avec son chevrier,
Le troupeau qui piétine en la poussière chaude ;
Son bâton à la main, un mendiant qui rôde ;
Une femme qui rit et que lon ne voit pas ;
Quelqu’un qui passe : rien, ni la voix, ni les pas
Ne te semblent pouvoir de lui-même distraire
Cet hôte, aux yeux baissés, du jardin solitaire.
Ai-je l’air de vouloir être ailleurs qu’où je suis ?
Le jour s’en va, rayon à rayon, bruit à bruit ;
Et la ruche incertaine et la rose indistincte
Sont l’une d’or pâli, l’autre de pourpre éteinte ;
Le crépuscule est à genoux devant le soir ;
Le laurier lentement se bronze et devient noir,
Et je reste debout dans l’ombre, et c’est à peine
Si lon entend tout bas un peu plus la fontaine,
Et j’écoute à mon cœur en larmes dans mes yeux
L’éloquente rumeur de mon sang furieux.

poem by Report problemRelated quotes
Added by Poetry Lover
Comment! | Vote! | Copy!

Share

L'internet 1998 with Khemi 0865

L'Internet
Couplet
L'Internet,
C'est un écran magique quand tu t'ennuies les doigts
C'est un écran magique quand tu t'ennuies les doigts
Et des images toniques pour éveiller en toi
Des mondes imaginaires où tu deviens le roi

L'Internet,
C'est un écran magique quand tu tourn's en ronde
C'est un tapis volant sur les réseaux du monde
C'est la souris glissant, c'est l'écho qui répond

Refrain
Secoue-toi les méninges, t'es plus au temps des singes!
C'est l'heure de l'Internet -
C'est toi même que tu fêtes!

L'Internet pour partager son bout du monde
Partout en France s'éveillent des envies très profondes
Ensemble on bâtira notre intermonde

Couplet
L'Internet
C'est un espace à toitu prends la parole
C'est un espace pour moi où s'échangent les symboles
C'est un espace en nous adieu les vieilles écoles

De nouveaux métiers vont baisser le chômage
L'écol' va s'y brancher, on trouvera des stages
Allons fêter ce Net qui brisera les cages.

Pont
Car l'Internet ça sert à ouvrir les esprits
Les repères des pépères pour nous c'est tout fini
A portée de souris cliquons sur l'Internet
Les changements dans l'air feront bouger la vie
Car surfer pour tout faire c'est déjà aujourd'hui
J'te l'dis tout Net t'es sur l'Internet

Refrain
Secoue-toi les méninges, t'es plus au temps des singes!
C'est l'heure de l'Internet -
C'est toi même que tu fêtes!

L'Internet pour partager son bout du monde
Partout en France s'éveillent des envies très profondes
Viens avec nous bâtir notre intermonde

(2 February 1998)

poem by Report problemRelated quotes
Added by Poetry Lover
Comment! | Vote! | Copy!

Share

Les nombres

Je suis l'halluciné de la forêt des Nombres,
Le front fendu, d'avoir buté,
Obstinément, contre leur fixité.

Arbres roides dans le sol clair
Et ramures en sillages d'éclair
Et fûts comme un faisceau de lances
Et rocs symétriques dans l'air,
Blocs de peur et de silence.

Là-haut, le million épars des diamants
Et les regards, aux firmaments,
Myriadaires des étoiles ;
Et des voiles après des voiles,
Autour de l'Isis d'or qui rêve aux firmaments.

Je suis l'halluciné de la forêt des Nombres.

Ils me fixent, avec leurs yeux de leurs problèmes ;
Ils sont, pour éternellement rester : les mêmes.
Primordiaux et définis,
Ils tiennent le monde entre leurs infinis ;
Ils expliquent le fond et l'essence des choses,
Puisqu'à travers les temps planent leurs causes.

Je suis l'halluciné de la forêt des Nombres.

Mes yeux ouverts ? - dites leurs prodiges !
Mes yeux fermés ? - dites leurs vertiges !
Voici leur marche rotatoire

Cercle après cercle, en ma mémoire,
Je suis l'immensément perdu,
Le front vrillé, le coeur tordu,
Les bras battants, les yeux hagards,
Dans les hasards des cauchemars.

Je suis l'halluciné de la forêt des Nombres.

Textes de quelles lois infiniment lointaines ?
Restes de quels géométriques univers ?
Havres, d'où sont partis, par des routes certaines,
Ceux qui pourtant se sont perdus de mer en mer ?
Regards abstraits, lobes vides et sans paupières,
Clous dans du fer, lames en pointe entre des pierres ?

Je suis l'halluciné de la forêt des Nombres !

Mon cerveau triste, au bord des livres,
S'est épuisé, de tout son sang,
Dans leur trou d'ombre éblouissant ;
Devant mes yeux, les textes ivres

S'entremêlent, serpents tordus ;
Mes poings sont las d'être tendus,
Par au travers de mes nuits sombres,

Avec, au bout, le poids des nombres,
Avec, toujours, la lassitude
De leurs barres de certitude.

Je suis l'halluciné de la forêt des Nombres.

Dites ! Jusques à quand, là-haut,
Le million épars des diamants
Et les regards, aux firmaments
Myriadaires, des étoiles,
Et ces voiles après ces voiles,
Autour de l'Isis d'or qui rêve aux firmaments ?

poem by Report problemRelated quotes
Added by Poetry Lover
Comment! | Vote! | Copy!

Share

Prologue du Roman de Rou

Pour remembrer des ancessours
Les faiz et les diz et les mours,
Doit l'on les livres et les gestes
Et les estoires lire as festes,
Les felonies des felons
Et les barnages des barons.
Pour ce firent bien et savoir
Et grant pris durent cil avoir
Qui escristrent premierement,
Et li autour plenierement
Qui firent livres et escriz
Des nobles faiz et des bons diz
Que li baron et li seignour
Firent de tens ancianour.
Tourné fussent en oubliance,
Se ne fust tant de remembrance
Que Il escriture nous fait
Qui les estoires nous retrait.

Mainte cité a ja esté,
Et mainte riche poesté,
Dont nous or rien ne seüssons
Se les escriz n'en eüssons.
De Thebes est grant reparlance,
Et Babiloine ot grant puissance,
Et Troie fu de grant podnee,
Et Ninive fu grant et lee:
Qui or ireit querant les places,
A peine trouvereit les traces.
Rois fu Nabugodonosor,
Une image fist faire d'or,
Soissante coutes de hautour
Et sis coutes ot de laour;
Qui or voudreit son cors veoir,
Ne trouvereit, al mien espoir,
Qui moustrer ne dire seüst
Ou os de lui ne poudre eüst.
Mais par les bons clers qui l'escristrent,
Qui les gestes es livres mistrent,
Savons nous du vieil tens parler
Et des oevres plusours conter.

Alixandre fu rois puissanz,
Douze regnes prist en douze anz,
Moult ot terres, moult ot avoir,
Et rois fu de moult grant pooir;
Mais cil conquez poi li valut:
Envenimez fu, si mourut.

Cesar, qui tant fist et tant pot,
Qui tout le mont conquist et ot,
Onques nuls hom, puis ne avant,
Mien escient ne conquist tant,
Puis fu ocis en traïson
El Capitoile, ce savom.

Cil dui vassal qui tant conquistrent,
Tant orent terres et tant pristrent,
Après la mort, de lor honour
N'ot chascun fors que sa longour.
Quel bien lor fait, que mieuz lor est
De lor pris et de lor conquest,
Ne mais tant que l'on va disant,
Si com l'on le treuve lisant,
Qu'Alixandre et Cesar furent?
Tant i a d'eus que lor nons durent,
Et si refussent oublié
S'il escrit n'eüssent esté.

Toute rien se tourne en declin,
Tout chiet, tout meurt, tout vait à fin;
Hom meurt, fer use, fust pourrist,
Tour font, mur chiet, rose flaistrist,
Cheval trebuche, drap vieillist,
Toute oevre faite o mains perist.
Bien entent et conois et sai
Que tuit mourront, et clerc et lai,
Et moult avra lor renomee
Apres lor mort courte duree,
Se par clerc nen est mise en livre:
Ne puet par et durer ne vivre...

poem by Report problemRelated quotes
Added by Poetry Lover
Comment! | Vote! | Copy!

Share

Un lambeau de patrie

Ce n'est qu'un bout de sol dans l'infini du monde.
Le Nord
Y déchaîne le vent qui mord.
Ce n'est qu'un peu de terre avec sa mer au bord
Et le déroulement de sa dune inféconde.

Ce n'est qu'un bout de sol étroit,
Mais qui renferme encore et sa reine et son roi,
Et l'amour condensé d'un peuple qui les aime.
Le Nord
A beau y déchaîner le froid qui gerce et mord,
Il est brûlant, ce sol suprême.

Quelques troupes, grâce à ce roi,
Y propagent l'exploit
De l'un à l'autre bout de boueuses tranchées,
Et l'Yser débordé y fait stagner ses eaux
Sur des vergers de ferme où jadis les oiseaux
Aux vieux pommiers en fleurs suspendaient leurs nichées.

Dixmude et ses remparts, Nieuport et ses canaux,
Et Furne, avec sa tour pareille à un flambeau,
Vivent encore, ou sont défunts sous la mitraille.
Ô ciel bleu de la Flandre, aux nuages si clairs
Qu'on les prenait pour des anges traversant l'air,
Qui donc eût dit que tu serais ciel de bataille
Un jour ?

Sous ta voûte, la gloire et le deuil tour à tour
Apparaissent et s'entremêlent.
Ô noms sacrés ! Wulpen, Pervyse et Ramscapelle !
C'est près de vos clochers, en d'immenses tombeaux,
Qu'ils goûtent le repos,
Ceux qui se sont battus avec force et furie.
Le sol qui les aima leur a fait bon accueil,
Si bien que n'ayant ni suaire ni cercueil,
Ils sont, jusqu'en leurs os, étreints par la Patrie.

Parfois,
En robe toute droite, ou de toile ou de laine,
Celle qu'ils acclamaient aux jours d'orgueil, leur Reine,
Vient errer et prier parmi leurs pauvres croix ;
Et son geste est timide et son ombre est discrète :
Elle s'attarde et rêve et, quand le soir se fait,
Vers les dunes, là-bas, sa frêle silhouette
Avec lenteur s'efface et bientôt disparaît.

Tandis que lui, le Roi, l'homme qui fut Saint Georges,
S'en revient du lieu même où l'histoire se forge
Aux bords de l'eau bourbeuse et sombre de l'Yser ;
Il rêve, lui aussi, et rejoint sa compagne
Et leurs pas réunis montent par la campagne
Vers leur simple maison qui s'ouvre sur la mer.

Ô Flandre,
Voilà comment tu vis,
Aprement, aujourd'hui ;
Voilà comment tu vis
Dans la gloire et sa flamme, et le deuil et sa cendre.
Jadis, je t'ai aimée avec un tel amour
Que je ne croyais pas qu'il eût pu croître un jour.
Mais je sais maintenant la ferveur infinie
Qui t'accompagne, ô Flandre, à travers l'agonie,
Et t'assiste et te suit jusqu'au bord de la mort
Et même, il est des jours de démence et de rage
Où mon coeur te voudrait plus déplorable encor
Pour se pouvoir tuer à t'aimer davantage.

poem by Report problemRelated quotes
Added by Poetry Lover
Comment! | Vote! | Copy!

Share
Victor Hugo

A mademoiselle Louise B. (II)

I

L'année en s'enfuyant par l'année est suivie.
Encore une qui meurt ! encore un pas du temps ;
Encore une limite atteinte dans la vie !
Encore un sombre hiver jeté sur nos printemps !

Le temps ! les ans ! les jours ! mots que la foule ignore !
Mots profonds qu'elle croit à d'autres mots pareils !
Quand l'heure tout à coup lève sa voix sonore,
Combien peu de mortels écoutent ses conseils !

L'homme les use, hélas ! ces fugitives heures,
En folle passion, en folle volupté,
Et croit que Dieu n'a pas fait de choses meilleures
Que les chants, les banquets, le rire et la beauté !

Son temps dans les plaisirs s'en va sans qu'il y pense.
Imprudent ! est-il sûr de demain ? d'aujourd'hui ?
En dépensant ses jours sait-il ce qu'il dépense ?
Le nombre en est compté par un autre que lui.

A peine lui vient-il une grave pensée
Quand, au sein du festin qui satisfait ses voeux,
Ivre, il voit tout à coup de sa tête affaissée
Tomber en même temps les fleurs et les cheveux ;

Quand ses projets hâtifs l'un sur l'autre s'écroulent ;
Quand ses illusions meurent à son côté ;
Quand il sent le niveau de ses jours qui s'écoulent
Baisser rapidement comme un torrent d'été.

Alors en chancelant il s'écrie, il réclame,
Il dit : Ai-je donc bu toute cette liqueur ?
Plus de vin pour ma soif ! plus d'amour pour mon âme !
Qui donc vide à la fois et ma coupe et mon coeur ?

Mais rien ne lui répond. - Et triste, et le front blême,
De ses débiles mains, de son souffle glacé,
Vainement il remue, en s'y cherchant lui-même,
Ce tas de cendre éteint qu'on nomme le passé !

II

Ainsi nous allons tous. - Mais vous dont l'âme est forte,
Vous dont le coeur est grand, vous dites : - Que m'importe
Si le temps fuit toujours,
Et si toujours un souffle emporte quand il passe,
Pêle-mêle à travers la durée et l'espace,
Les hommes et les jours ! -

Car vous avez le goût de ce qui seul peut vivre ;
Sur Dante ou sur Mozart, sur la note ou le livre,
Votre front est courbé.
Car vous avez l'amour des choses immortelles ;
Rien de ce que le temps emporte sur ses ailes
Des vôtres n'est tombé !

Quelquefois, quand l'esprit vous presse et vous réclame,
Une musique en feu s'échappe de votre âme,
Musique aux chants vainqueurs,
Au souffle pur, plus doux que l'aile des zéphires,
Qui palpite, et qui fait vibrer comme des lyres
Les fibres de nos coeurs !

Dans ce siècle où l'éclair reluit sur chaque tête,
le monde, jeté de tempête en tempête,
S'écrie avec frayeur,
Vous avez su vous faire, en la nuit qui redouble,
Une sérénité qui traverse sans trouble
L'orage extérieur !

Soyez toujours ainsi ! l'amour d'une famille,
Le centre autour duquel tout gravite et tout brille ;
La soeur qui nous défend ;
Prodigue d'indulgence et de blâme économe ;
Femme au coeur grave et doux ; sérieuse avec l'homme,
Folâtre avec l'enfant !

Car pour garder toujours la beauté de son âme,
Pour se remplir le coeur, riche ou pauvre, homme ou femme,
De pensers bienveillants,
Vous avez ce qu'on peut, après Dieu, sur la terre,
Contempler de plus saint et de plus salutaire,
Un père en cheveux blancs

poem by Report problemRelated quotes
Added by Poetry Lover
Comment! | Vote! | Copy!

Share
 

Search


Recent searches | Top searches